le phare dunkerquois

Deux projets de mosquée, l'un porté par la municipalité et le CJEV, l'autre par l'association des Musulmans du Littoral entraînent de vives tensions au sein de la communauté

Cette « mosquée pour tous les Grands-Synthois » qui divise

mercredi 15.09.2010, 14:00

Façade du projet Salam, rue Anatole-France. Façade du projet Salam, rue Anatole-France.

 

En lice,deux associations portent chacune un projet de mosquée. L'une à l'Albeck (le CJEV), a les faveurs de la municipalité, qui a encouragé la démarche et se déclare prête à jouer les intermédiaires avec le bailleur social propriétaire du terr

Qu'une mosquée digne de ce nom voit officiellement le jour à Grande-Synthe, sur la commune de l'agglomération qui compte proportionnellement le plus de fidèles musulmans, au fond, on pourrait se demander pourquoi cela n'a pas été fait avant.

.. Mais la question aujourd'hui n'en est plus là.
Depuis l'annonce, tombée à la mi-août, suivant laquelle la mairie de Grande-Synthe accueillait avec bienveillance un projet d'érection d'un lieu de culte musulman sur un terrain rendu disponible derrière l'école Bonpain, la polémique enfle.

La mosquée qui divise
les musulmans

Car l'association pressentie, le CJEV (centre culturel et cultuel du jardin de l'éveil et la vertu) d'Hamid Bakria, également président de l'AFMR (Association des Français musulmans rapatriés d'Algérie et leurs amis), initiatrice du projet, n'était pas la seule sur les rangs.
Par rapport au projet de l'association des Musulmans du Littoral (le Phare dunkerquois du 16 juin 2010, "Pour un Islam de proximité sans la promiscuité"), qui souhaite délocaliser de quelques dizaines de mètres et agrandir sa mosquée actuelle (Salam) du centre commercial Saint-Jacques vers un garage automobile abandonné, rue Anatole-France, elle aurait même plusieurs tours de retard. Et ce, même si le CJEV indique que la volonté d'implantation de sa mosquée date de plus de 10 ans.
En face, Salam maîtrise en effet le terrain et le financement. Reste l'écueil du permis de construire, délivré par la mairie. Seule certitude, le dialogue est quasi inexistant entre les Musulmans du Littoral et la municipalité en place. Pourquoi ? Selon le maire, l'association l'aurait mis « devant le fait accompli ». Un problème de méthode donc, pour l'AML, là où Hamid Bakria et le CJEV affirment de leur côté que « si le maire nous avait dit non, on aurait attendu. »
L'association cultuelle des Musulmans du Littoral, présidée depuis le 3 avril par Abdelkarim Sahraoui, croit savoir qu'il leur est collé une étiquette de "mosquée d'opposition", voire de fondamentalistes, sur le dos, mais ces derniers s'en défendent. Selon Abdelkarim Sahraoui, du passé il faudrait faire table rase : « peu importe ce qu'a pu dire l'ancien président, même s'il n'a jamais rien fait d'illégal, la nouvelle équipe élue en avril dernier, c'est-à-dire la nôtre, souhaitait ouvrir une nouvelle ère avec la mairie ».
Il semble que la déception soit au rendez-vous, même si le CJEV et le maire disent garder leur porte ouverte, « pour travailler ensemble ».
Considérant que l'herbe lui a été coupée sous le pied et vu les moyens donnés en face (au CJEV) et le silence municipal autour de ses demandes d'audiences, l'AML a saisi la Justice pour non respect des règles de laïcité et non respect du principe d'égalité de traitement envers les citoyens.

Incompréhensions
Problème de méthode, malentendu ou poker menteur ? Il y a sans doute, dans cette affaire, un peu des trois de part et d'autre. L'absence de formalisme de la part des anciens dirigeants de l'AML dans ses relations avec la municipalité n'a sans doute pas arrangé les choses, mais quoi qu'il en dise, le premier magistrat ne devait pas s'impliquer plus en faveur d'un projet que l'autre voire ne pas s'impliquer du tout, ou alors en toute transparence envers la population et avec grand renfort de publicité.
Ce qui aurait évité ce courrier de l'AML daté du 31 mai, qui informait cette fois officiellement le maire de l'existence du projet Salam et de l'inquiétude de l'AML vis-à-vis d'une « rumeur selon laquelle la Ville de Grande-Synthe aurait attribué un terrain à proximité du collège Bonpain pour la construction d'une nouvelle mosquée ». Maladroit de la part de la mairie.
Car en effet, des discussions avaient bien lieu entre la municipalité et Hamid Bakria qui, en sa qualité de président de l'AFMR, annonçait dès le 6 avril 2010 « qu'afin de mettre en place le projet "Mosquée pour tous les Grands-Synthois", il est nécessaire de créer une association de loi 1901 et d'établir les statuts de notre future structure (le CJEV). Après quelques réunions avec monsieur le maire de Grande-Synthe, notre projet mosquée a été clairement défini. » De quoi hérisser le poil de l'AML, qui n'a pas voulu dans ces conditions s'associer au projet de nouvelle mosquée et organisait la contre-offensive en dévoilant publiquement par voie de presse les grandes lignes de son propre projet, en gestation depuis 2007 et qui ne semble pas sur le papier enfreindre les règles d'urbanisme.
Dès lors, on peut se demander si la gouvernance de l'AML ne pose pas réellement problème à la majorité synthoise pour que cette dernière s'implique en faveur d'un projet plutôt qu'un autre, et surtout, en dehors d'une démarche de transparence. Le conseil de l'Islam de Dunkerque, structure de référence, si « elle ne peut pas intervenir dans l'organisation des mosquées », explique Sahin Altinisik, président du Conseil de l'Islam aurait pu être consulté. C'est son ancien président, Bahssine Saaidi qui a apporté son soutien au CJEV, qui va s'affilier au conseil régional du culte musulman.
Au lieu de cela, Sahin Altinisik a regretté que « des projets de construction de mosquées dans la ville de Grande Synthe entraînent des vifs débats parmi les fidèles musulmans ainsi que les autorités locales. » Et d'appeler « les associations ainsi que la mairie à une concertation et un dialogue les plus larges possibles dans l'intérêt des fidèles et de l'ensemble des Grands-Synthois ».
En coulisses, l'AML qui compte plus de 300 fidèles dans ses rangs a l'intention d'aller jusqu'au bout tandis que le CJEV, qui annonce malgré sa jeunesse un nombre similaire d'adhérents, appelle à l'apaisement. Une lutte d'influence pourrait mécaniquement s'opérer, car pour construire l'une ou l'autre des mosquées, il faudra bien faire appel à la générosité des fidèles. A moins qu'une entente entre les partis ou que les deux projets ne voient le jour.

D.E.



Le Journal des Flandres Le Phare Dunkerquois