L'apport de la civilisation Arabe au monde et la perte de l'Andalousie

Publié le par mosquee salam de grande-synthe.over-blog.com

 Voici un extrait du livre "La Civilisation des Arabes " de Gustave Le Bon l'anthropologue (1)

 

  Voici un texte très instructif pour mieux comprendre la place de la civilisation Arabe dans l'histoire commune de l'humanité loin des préjuges de certains bien penseurs en Europe et ailleurs , comprendre notre présent a travers notre passé pour enfin anticiper intelligemment notre future, voila bonne lecture. 

 

 

Quand on étudie leurs travaux scientifiques et leurs découvertes, on voit qu'aucun peuple n'en produisit d'aussi grands dans un temps aussi court. Lorsqu'on examine leurs arts, on reconnaît qu'ils possédèrent une originalitéqui n'a pas été dépassée. L'action des Arabes, déjà si grande en Occident, fut plus considérable encore en Orient. Aucune race n'y a jamais exercé uneinfluence semblable. Les peuples qui ont jadis régné sur le monde : Assyriens, Perses,Égyptiens, Grecs et Romains ont disparu sous la poussière des siècles, et n'ont laissé que d'informes débris ; leurs religions, leurs langues et leurs arts ne sont plus que des souvenirs. Les Arabes ont disparu à leur tour ; mais les éléments les plus essentiels de leur civilisation, la religion, la langue et les arts,sont vivants encore, et du Maroc jusqu'à l'Inde, plus de cent millions d'hommes obéissent aux institutions du prophète(sallalahou alayhi wa salam). Après un tel exposé, le lecteur se demandera peut-être pourquoi l'influence des Arabes est si méconnue aujourd'hui par des savants que l'indépendance de leur esprit semble placer au-dessus de tout préjugé religieux. Cette question, je me la suis posée également, et je crois qu'il n'y a qu'une réponse à faire : c'est qu'en réalité, l'indépendance de nos opinions est beaucoup plus apparente que réelle, et que nous ne sommes nullement libres de penser,comme nous le voulons, sur certains sujets. Il y a toujours deux hommes en nous, l'homme moderne, tel que l'ont fait les études personnelles, l'action du milieu moral et lentement pétri par l'influence de ses ancêtres, et dont l'âme inconsciente n'est que la synthèse d'un long passé. Cette âme inconsciente, c'est elle,et elle seule, qui parle chez la plupart des hommes et, sous des noms divers, maintient en eux les mêmes croyances. Elle leur dicte leurs opinions, et les opinions dictées par elle semblent trop libres en apparence pour ne pas être respectées. Or, les disciples de Mahomet (sallalahou alayhi wa salam)ont été pendant des siècles les plus redoutables ennemis qu'ait connus l'Europe. Quand ils ne nous ont pasfait trembler par leurs armes comme au tempsde Charles-Martel, à l'époque des croisades,ou lorsqu'après la prise de Constantinople, ils menaçaient l'Europe, les musulmans nous ont humiliés par l'écrasante supériorité de leur civilisation, et ce n'est que d'hier seulement que nous sommes soustraits à leur influence. Les préjugés héréditaires que nous professons contre l'islamisme et ses disciples,ont été accumulés pendant trop de siècles pourne pas faire partie de notre organisation. Ces préjugés sont aussi naturels et aussi invétérés que la haine - dissimulée quelque fois,profonde toujours - des juifs contre les chrétiens. Si nous joignons à nos préjugés héréditaires contre les mahométans cet autre préjugé héréditaire également, et accru à chaque génération par notre détestable éducation classique, que toutes les sciences et la littérature du passé viennent uniquement des Grecs et des Latins, nous comprendrons aisément que l'influence immense des Arabes Il semblera toujours humiliant à certains esprits de songer que c'est à des infidèles que l'Europe chrétienne doit d'être sortie de la barbarie, et une chose si humiliante en apparence ne sera que bien difficilement admise. Nous conclurons ce chapitre en disant que la civilisation musulmane eut dans le monde une influence immense et que cette influence n'est due qu'aux Arabes et non aux races diverses qui ont adopté leur culte. Par leur influence morale, ils ont policé les peuples barbares qui avaient détruit l'empire romain ; par leur influence intellectuelle, ils ont ouvert à l'Europe le monde des connaissances scientifiques, littéraires et philosophiques qu'elle ignorait, et ont été nos civilisateurs et nos maîtres pendant six cents ans. Lorsque les préjugés de l'hérédité et del'éducation se rencontrent chez un savant trop instruit pour ne pas savoir à quoi s'entenir sur le fond des choses, l'antagonisme intérieur entre l'homme ancien créé par le passé, et l'homme moderne formé parl'observation personnelle, produit dans l'expression des opinions les contradictionsles plus curieuses. Le lecteur trouvera unexemple remarquable de ces contradictions,dans l'intéressante conférence faite à la Sorbonne, sur l'islamisme, par un écrivain. (page 520 a 522 du livre)


Livre sixième Décadence de la civilisation arabe :

 

                          -1.Les successeurs des Arabes en Espagne (page 525-527)


Un des meilleurs moyens d'apprécier l'action bienfaisante ou nuisible exercée par un peuple sur un autre, est d'examiner l'état de ce dernier avant,pendant et après qu'il a été soumis àl'influence étrangère. Ce que furent les peuples envahis par les Arabes, avant et pendant leurs invasions, nous l'avons montré suffisamment. Ce qu'ils sont devenus, quand les Arabes disparurent dela scène du monde, il nous reste à le rechercher maintenant. Nous commencerons par l'Espagne. Lorsque les chrétiens eurent reconquis Grenade, dernier foyer de l'islamisme en Europe, ils ne songèrent pas à imiter la tolérance qu'avaient professée à leur égard les Arabes pendant tant de siècles.Malgré les traités, ils les persécutèrent cruellement ; mais ce ne fut qu'au bout d'un siècle qu'ils prirent la résolution de les expulser totalement. Leur supériorité intellectuelle sur les Espagnols les maintenait, en dépit des persécutions, à la tête de toutes les industries ; et c'est justement que ces derniers les accusaient de s'être emparés de toutes les professions. Le peuple réclamait simplement qu'on les chassât, mais le clergé était plus radical. Il voulait qu'on les tuât tous, sans exception, y compris les femmes, les vieillards et les enfants. Philippe II prit un moyen plus intermédiaire : il se borna, en 1610, à déclarer leur expulsion ; mais en donnant les ordres nécessaires pour quela plupart fussent massacrés avant d'avoir pu réussir à quitter l'Espagne. Les trois quarts environ furent en effet détruits. L'expulsion et les massacres terminés,l'allégresse fut générale ; il semblait quel'Espagne allait entrer dans une ère nouvelle. Une ère nouvelle était née, en effet.Cette destruction en bloc, unique dans l'histoire, eut des conséquencesconsidérables. Nous en apprécierons mieux l'importance en remontant dequelques années en arrière et recherchantce qu'était devenue l'Espagne après que la puissance politique des Arabes s'était éteinte. Dès que les rivalités et les luttes intestines des musulmans eurent commencé à ébranler leur puissance en Espagne, les chrétiens, échappés à leur domination en se réfugiant dans des provinces montagneuses, entrevirent la possibilité de reconquérir leur ancien empire. Leurs premières tentatives ne furent pas heureuses, mais leur ardeur religieuse était trop développée pour laisser place au découragement. Des luttes continuéespendant plusieurs siècles chez des hommes dont la guerre était l'unique préoccupation finirent par leur donner une habileté guerrière égale à celle des Arabes. Favorisés par les dissensions de ces derniers, ils réussirent, après de longues luttes, à fonder une série de petits royaumes qui s'agrandirent chaque jour et lorsqu'après huit siècles de combat la monarchie espagnole eut réussi à s'emparer de la capitale du dernier royaume arabe, celui de Grenade, et réuni toute la péninsule sous une seule main,elle se trouva presque immédiatement la première puissance militaire de l'Europe. Les deux souverains qui succédèrent à Ferdinand, Charles-Quint et Philippe II,furent aussi habiles que leur prédécesseur. Le siècle qui s'écoula de la prise de Grenade à la mort de Philippe II fut pour l'Espagne une époque de grandeur qu'elle ne devait plus revoir. Pendant toute cette période, les Arabes avaient été plus ou moins persécutés, mais enfin ils étaient restés, et leur supériorité intellectuelle leur avait fait jouer un rôle considérable. Les seuls savants, industriels et négociants du pays étaient recrutés parmi eux ; toute profession autre que celle de prêtre ou de guerrie rétant profondément méprisée par les Espagnols. La péninsule renfermait donc alors deux populations différentes contribuant pardes voies fort diverses à sa grandeur : les chrétiens possesseurs de la puissance militaire, les Arabes détenteurs de toute la partie matérielle de la civilisation. Ces deux éléments sont indispensables ; car si la puissance militaire suffit pour fonder un empire, elle est impuissante à elle seule à le faire durer. Sa prospérité n'est possible qu'avec certains matériaux de civilisation, et ne se maintient qu'aussi  longtemps que ces derniers subsistent. Ce fut précisément ce qui arriva àl'Espagne après l'expulsion des Arabes.La décadence succéda à la grandeur, et d'autant plus rapidement qu'elle n'avai tplus à sa tête les grands hommes de  guerre qui s'étaient succédé pendant un siècle. Privée de puissance militaire et de civilisation, elle perdit tout à la fois La décadence qui suivit l'expulsion et le massacre des Arabes fut tellement rapide et profonde, qu'on peut dire que l'histoire n'offre pas d'exemple d'un peuple descendu si bas dans un temps si court.Les sciences, les arts, l'agriculture,l'industrie et tout ce qui fait la grandeurd'une nation, disparurent rapidement. Les grandes fabriques se fermèrent, la terre cessa d'être cultivée, les campagnes devinrent désertes. Impuissantes àprospérer sans industrie ni agriculture, les villes se dépeuplèrent avec une rapidité effrayante. Madrid, qui avait 400 000habitants, n'en eut bientôt plus que la moitié ; Séville, qui possédait 1 600 métiers faisant vivre 130 000 individus,n'en conserva que 300, et perdit, d'après le rapport même des cortès à Phillipe IV,les trois quarts de ses habitants. Sur 50 manufactures de laine, Tolède n'en gardaque 13 ; les fabriques de soie, qui faisaientvivre, 40 000 personnes, disparurent totalement. Il en fut de même partout, etles plus grandes cités, telles que Cordoue,Ségovie, Burgos, devinrent bientôtpresque désertes. Les rares manufactures restées debout après le départ des Arabes,disparurent elles-mêmes rapidement.

 

(1) Gustave Le Bon (7 mai 1841 à Nogent-le-Rotrou – 13 décembre 1931 à Marnes-la-Coquette), est un anthropologue, psychologue social, sociologue et scientifique amateur français. Polygraphe, il est l'auteur de nombreux ouvrages dans lesquels il aborde le désordre comportemental et la psychologie des foules.

Publié dans HISTOIRE

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